mardi 30 août 2011

Jean-Jacques à l'écran... suite.


Comme je vous l'ai annoncé il y a quelques semaines, l'intégralité des douze épisodes de Jean-Jacques doit être porté à l'écran, mais les premiers essais, effectués en juin, ne furent pas concluants, à mon humble avis.

En effet, le seul intérêt que je peux trouver à la captation d'un spectacle est sa valeur de document, mais il est indéniable qu'il perd souvent beaucoup de sa puissance lorsqu'il est filmé. Cela l'est d'autant plus pour ce spectacle-ci, qui doit être entièrement repensé pour la caméra, ce qui demande un travail considérable auquel je ne peux me consacrer pour le moment.

Ce projet est donc remis à plus tard, c'est-à-dire à au moins un an, lorsque les douze épisodes seront prêts.

En attendant, je vous offre ci-dessous une photo issue de ces premiers essais et qui est signée Jean-Michel Humeau, chef opérateur de son état, et qui sait indéniablement faire de belles images.

A suivre, donc.

Sophie

Je souhaitais rendre, dans ces colonnes, un digne hommage à Sophie d’Houdetot. Les textes suivants issus des Souvenirs de Elisabeth Vigée-Lebrun, publiés aux éditions Des Femmes, et que je remercie Florence Barthélémy de m’avoir fait découvrir, me le permettent.

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Elisabeth Vigée-Lebrun commença sa carrière à quinze ans, vers 1770. Portraitiste magnifiquement douée, elle fut contrainte à l’exil pendant la révolution française. Elle voyagea alors dans tous les pays d’Europe et peignit, comme elle en eut toujours le goût, des femmes dont elle sut chaque fois percevoir la beauté.

La Comtesse d'Houdetot

J’ai connu la comtesse d’Houdetot longtemps avant la révolution; elle s’entourait alors de tout ce qu’il y avait à Paris d’hommes d’esprit et d’artistes célèbres. Comme j’avais un grand désir de la voir, madame de Verdun, mon amie, qui la connaissait intimement, me conduisit à Sannois, où madame d’Houdetot avait une maison, et me fit inviter à passer la journée. Je savais qu’elle n’était point jolie, mais d’après la passion qu’elle avait inspirée à Jean-Jacques Rousseau, je pensais au moins lui trouver un visage agréable; je fus donc bien désappointée en la voyant si laide, qu’aussitôt son roman s’effaça de mon imagination ; elle louchait d’une telle manière, qu’il était impossible, lorsqu’elle vous parlait, de deviner si c’était à vous que s’adressaient ces paroles; à dîner, je croyais toujours qu’elle offrait à une autre personne ce qu’elle m’offrait, tant son regard était équivoque; il faut dire toutefois que son aimable esprit pouvait faire oublier sa laideur. Madame d’Houdetot était bonne, indulgente, chérie avec raison de tous ceux qui la connaissaient, et, comme je l’ai toujours trouvée digne d’inspirer les sentiments les plus tendres, j’ai fini par croire, après tout, qu’elle a pu inspirer de l’amour.



Notes biographiques

Madame d’Houdetot est restée le plus aimable type de la société française du dix-huitième siècle ; elle en est la vive et gracieuse expression; toute française par l’esprit, le cœur et les grâces cavalières, légère dans son allure, mais fidèle à ses sentiments, comme le constate Jean-Jacques Rousseau en soupirant.

« Ce n’est pas quelques pages, c’est un volume qu’il faudrait lui consacrer », dit fort bien M. Paul Boiteau, dans l’appendice de son excellente édition des Mémoires de madame d’Epinay, où il est si souvent question de madame d’Houdetot. « Elle fut si bonne, si simple, si vraie, si douce, si décente, et elle a laissé de si jolis mots pleins de cœur, et de si jolis vers pleins de simplicité et de grâce !

« Sa vie fut longue et constamment heureuse. Laclos a dit d’elle, lui qui n’était pas toujours indulgent : « Madame d’Houdetot vécut avec des athées, avec des dévots, avec des prudes, avec des étourdis, et vécut avec tous sans leur sacrifier rien de son caractère primitif : ils n’eurent pas également à s’en louer; aucun n’eut à s’en plaindre. » De toutes les compagnies, et du plus grand monde, même du monde de la cour, madame d’Houdetot, l’amie de la reine, Marie Leczinska, de Necker, du maréchal de Bauveau, n’eut pas à gémir lorsque l’ancienne société disparut. Elle jugeait les événements et les hommes avec cette sérénité qui est le fond de la vraie philosophie, et on lui en savait gré. Qui, d’ailleurs, après 1789, eût osé toucher au bonheur de celle que Jean-Jacques avait uniquement aimée ?

« Sur la fin de sa vie, madame d’Houdetot parlait de Rousseau sans détour et avec une juste amitié. Elle déclarait que Grimm avait eu de grands torts envers lui. Son buste et celui de Saint-Lambert étaient dans son jardin de Sannois, et elle disait : « Ce sont des amis dont je conserve le souvenir. » Saint-Lambert qui était devenu rigoureux pour Rousseau, ne put jamais l’engager contre sa mémoire dans la querelle des philosophes, et ce qu’elle en pensait de plus sévère, c’est qu’elle écrivit de sa main sur l’exemplaire de la Nouvelle Héloïse que Jean-Jacques copia pour elle.

« Ce manuscrit, dit-elle, fut pour moi le gage de l’attachement d’un homme célèbre; son triste caractère empoisonna sa vie, mais la postérité n’oubliera jamais ses talents. S’il eut l’art, trop dangereux peut-être, d’excuser aux yeux de la vertu les fautes d’une âme passionnée, n’oublions pas qu’il voulut surtout apprendre à s’en relever, et qu’il chercha constamment à nous faire aimer cette vertu, qu’il n’est peut-être pas donné à la faible humanité de suivre toujours. »

« Madame d’Epinay nous ferait croire que M. d’Houdetot ne rendait pas sa femme heureuse, mais ce serait une erreur. Il lui laissait toute sa liberté, et, dans leurs vieux jours surtout, il témoigna souvent le regret de n’avoir pas eu le droit de prétendre occuper tout son cœur. En 1793 (l’année où mourait la femme que, de son côté, il aimait depuis plus de quarante-cinq ans), il faisait toutes les boutiques de Paris, un jour de disette et d’émeute, afin de trouver de la poudre pour les cheveux de madame d’Houdetot, qui, alors encore (elle avait soixante-cinq ans) étaient admirables. C’était, dit-on, un beau vieillard à cette époque. Il ne mourut qu’en 1806, ayant jusqu’au bout respecté la liaison de sa femme et de Saint-Lambert, qui paraissait être le véritable maître de la maison, et qui, surtout à la fin, se permettait seul d’être jaloux. On raconte à ce propos que, lorsque M. et Madame d’Houdetot célébrèrent la cinquantième année de leur mariage, l’apoplectique Saint-Lambert fit une scène fort inattendue. Madame d’Houdetot était, du reste, aux petits soins pour lui, et jusqu’à en paraître ridicule. On se retirait chez elle à dix heures, lorsqu’on était à la campagne; mais elle restait jusqu’à minuit à jouer au loto avec Saint-Lambert. L’heureux homme qui, pendant plus de cinquante ans, fut le maître absolu d’une telle âme ! Ce n’était pas au moins faute d’esprit qu’elle s’assujettissait de la sorte, ni par un sentiment d’admiration excessive pour le poète, car elle a fait peut-être plus de vers à rappeler que Saint-Lambert. Lors de sa dernière maladie, Saint-Lambert lui disait : « Mourons ensemble. – Vivons ensemble », répondait-elle. Et M. d’Houdetot, au spectacle d’une amitié si constante, ne pouvait s’empêcher de dire : « Ah ! nous aurions été bien heureux ! »

« Il avait commencé, en effet, par être joueur, mais un jour qu’il revint, ayant perdu une si grosse somme qu’il lui fallut recourir à la dot de sa femme, elle lui fit jurer de ne plus jouer, et il ne joua plus jamais. C’était donc, à n’en pas douter, un honnête homme. Il n’était pas non plus si ladre, et quand madame d’Epinay, Francueil et toute la compagnie en 1751, vinrent faire à sa terre de la Meilleraye la visite qui rendit madame d’Epinay si malheureuse, il y eut dans ses bois une promenade aux flambeaux dont on garda longtemps le souvenir, et qui parut quelque chose de royal.

« Ce Saint-Lambert, dit quelque part madame Du Deffand, est un esprit froid, fade et faux; il croit regorger d’idées, et c’est la stérilité même. Sans les roseaux, les ruisseaux, les ormeaux, il aurait bien peu de choses à dire »

« Il y a du vrai dans cette boutade, mais il était élégant, mais il aimait la nature, sans savoir bien la chanter, et, tout en vivant dans les cercles les plus raffinés, c’était par le sentiment des grandes pensées naturelles qu’il s’était longtemps senti de l’affection pour Rousseau. Parfait honnête homme, en outre, il n’avait pas deux morales ou deux justices, comme Grimm et tant d’autres. C’est l’ensemble de ces qualités que madame d’Houdetot aima en lui si fidèlement. Reçu à l’Académie française en 1770, il venait d’être, en 1803, appelé dans la classe de l’Institut qui la remplaçait lorsque, le 9 février de cette année, il mourut dans les bras de son amie.

« La mort de madame d’Houdetot fut plus douce encore. Toute sa famille l’entourait lorsqu’elle ferma les yeux, la tête libre, et achevant de parler du plaisir qu’elle avait senti à vivre, comme une élève de Platon. Elle expira le jeudi 28 janvier 1813.

« Elle avait trouvé pour ses tous derniers jours un ami selon son cœur qui remplaça Saint-Lambert, M. d’Houdetot et tous les amis disparus. C’est M. de Sommariva, l’ancien vice-président de la République cisalpine, qui, jeune encore, vint, au commencement de l’Empire, vivre à Paris et y dépenser dans la grande culture et en collection d’œuvres d’art une des plus belles fortunes de l’époque. M. de Sommariva possédait, avec les terres de M. de Bellegarde, les plus précieux souvenirs de la famille, et c’est le culte des souvenirs qui fit que madame d’Houdetot aima si tendrement le dernier venu. Elle écrivit dans son testament : « J’ordonne que mon cœur soit mis à part et porté dans le tombeau de mon père et de ma mère, à Epinay. » Mais ce tombeau se trouvait dans la chapelle domestique du château, et depuis 1789 la loi défendait les inhumations ailleurs que dans le terrain public. Le cœur de madame d’Houdetot fut donc mis dans le cimetière d’Epinay. »

Portrait de M. R***, sous le nom d’Iphis


Ce portrait, publié dans le fascicule d’avril 1756 du Mercure de France, est anonyme mais il est presque certain que Mme d’Epinay en est l’auteur… Il faut bien entendu reconnaître Jean-Jacques sous ce pseudonyme.

« Quoique les traits du visage d’Iphis ne forment pas ce qu’on appelle un bel homme, il a néanmoins beaucoup d’agrément dans la physionomie, surtout lorsqu’il est animé par quelque doux sentiment. Son âme passe alors dans ses yeux et fait disparaître l’air froid, et même un peu sombre qu’il a naturellement. Son teint est brun, ses sourcils et ses cheveux noirs, sa bouche, ni grande ni petite, est très bien bordée et d’un très beau coloris. Ses dents sont assez belles ; sa voix est touchante… Iphis est d’une taille au dessus du médiocre, assez fournie; mais il n’en tire pas tout l’avantage qu’il pourrait s’en promettre. Il se voûte un peu et laisse aller sa personne, sans songer comme tant d’autres à se donner un air de représentation… Iphis est dans cet âge heureux qu’il serait à souhaiter qu’on pût fixer, où les charmes de la jeunesse s’unissent, pour ainsi dire, avec les qualités solides de la maturité… Sa conversation est très amusante quand il est à son aise ; il peint les gens d’une manière fort plaisante et dit de très bonnes choses sans y rêver. Mais en grande compagnie, une honnête et modeste retenue, que les impudents nomment sottise ou mauvaise honte, cache la meilleure partie de son esprit et de ses connaissances. Ce beau nom, ce nom sacré d’ami {…} est pris et révéré par {lui} dans toute son étendue. Son goût le porte vers les femmes, mais c’est un goût épuré qui lui fait moins désirer de jouir que souhaiter être aimé. »


Quant à ce magnifique portrait de Mme d’Epinay, qu’on peut admirer au Musée d’Art et d’Histoire de Genève, il est l’œuvre de Jean-Etienne Liotard.

lundi 29 août 2011

28 juin... 2011


C'était un soir du mois de juin... Il régnait une chaleur tropicale sur Genève et j'étais invité par l'Espace Rousseau à donner les deux premiers épisodes de Jean-Jacques. Les conditions furent difficiles, avouons-le, mais le public genevois, d'une rare générosité, a su me les faire oublier. J'espère que nous nous retrouverons, comme il en est question, l'an prochain pour une intégrale dont je me réjouis déjà.


Cette photo, rare témoignage de ma présence dans ces lieux,
est l'oeuvre d'Agnès Brabo,
qui a veillé sur moi tout au long de cette soirée,
comme elle le fait sans relâche depuis déjà cinq saisons.
Grand merci !

mardi 14 juin 2011

Genève !


J'ai le grand honneur d'être invité à Genève le 28 juin prochain pour y représenter les deux premiers épisodes de Jean-Jacques.

Ces deux représentations auront lieu à l'Espace Rousseau sis au 40 de la Grand'Rue, dans la maison même où Jean-Jacques vit le jour.

Pour plus d'informations : www.espace-rousseau.ch







vendredi 18 mars 2011

Jean-Jacques à l'écran...


Malgré toutes mes résistances, Jean-Jacques va être intégralement filmé, et très bien filmé, puisque nous sommes entre les mains de grands professionnels du 7ème art dont la liste des collaborations est si prestigieuse que je rougis d'aise d'y voir ajouter mon nom.

A suivre...

samedi 29 janvier 2011

Résumé du neuvième épisode (1756 – 1757) + index des personnes citées et lexique




Les Confessions prennent un ton nouveau dans ce livre et le suivant du fait de la reproduction de nombreuses lettres des années 1756 à 1760. Dans la solitude de l’Ermitage, qui lui vaut les critiques de ses amis les philosophes, Jean-Jacques travaille à plusieurs ouvrages dont La Nouvelle Héloïse. Aux souvenirs de jeunesse qui sont à l’origine de ce roman d’amour s’associe une passion pour Sophie d’Houdetot, laquelle par son amant Saint-Lambert est liée au cercle de Mme d’Epinay, Grimm et Diderot. Blâmé pour sa misanthropie prétendue, et accusé de trahison envers son ami Saint-Lambert, Jean-Jacques finit par quitter l’Ermitage et loue, à Montmorency, la maison du petit Montlouis appartenant à M. Mathas, procureur fiscal du prince de Condé.

Jacques Voisine
Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau


L'exceptionnelle longueur de ce livre a nécessité
qu'il soit représenté en deux parties.
Les représentations de la première ont débuté le 10 mars 2011,
celle de la seconde le 28 avril 2011

INDEX DES PERSONNES CITÉES DANS CET ÉPISODE

Théodore Tronchin (1709 – 1781), un des plus illustres médecins de son temps, s’était établi à Genève six mois avant l’arrivée de Voltaire, et devint son médecin attitré. Appelé à inoculer les enfants du duc d’Orléans, il se rendit à Paris en 1756, devint associé de l’Académie des Sciences et fut nommé premier médecin du duc d’Orléans.

Claude-Constant-César, comte d’Houdetot, né à Paris le 5 août 1724, entré dans les mousquetaires à l’âge de 14 ans, avait été nommé capitaine-lieutenant de la compagnie des Gendarmes de Berry le 1er janvier 1748, soit trois semaines avant son mariage avec Sophie de La Live de Bellegarde.

Jean-François, marquis de Saint-Lambert (1716 – 1803), entré tout jeune dans les gardes du roi Stanislas à Nancy, avait pris part à de nombreux sièges et batailles et fut blessé à Coni en 1744. Il supplanta Voltaire dans le cœur de Mme du Châtelet, laquelle mourut en donnant le jour à un enfant, ce qui valut à l’amant une sorte de célébrité. Grâce à des protections, il obtint un brevet de colonel dans l’armée française, mais une attaque de paralysie devait l’obliger à troquer la carrière des armes contre celle des lettres. Son meilleur ouvrage, le poème des Saisons, lui ouvrit , en 1770, les portes de l’Académie française. C’est en 1751 qu’il s’était lié avec Madame d’Houdetot.

Françoise d’Issembourg d’Apponcourt, née le 13 février 1695, épouse d’un homme grossier et brutal, Hugues de Graffigny, dont elle dut se séparer, débuta, à plus de 50 ans, dans la carrière des lettres par une Nouvelle espagnole qui fut critiquée, mais bientôt suivie (en 1747) de Lettres péruviennes qui remportèrent un grand succès. Elle publia encore des pièces de théâtre et mourut à Paris le 12 décembre 1758, en partie du chagrin qui lui causa l’échec de sa dernière pièce.

Charlotte-Suzanne d’Aine, seconde madame d’Holbach, était une sœur de la première.

Jacques-Joseph Mathas, procureur fiscal près le tribunal de baillage de Montmorency depuis 1733.


Lexique du neuvième épisode

aux grandes huées de la cotterie Holbachique : du cercle du baron d’Holbach.

la profession de foi de cette même Héloise mourante est exactement la même que celle du Vicaire Savoyard : la Profession de foi du Vicaire savoyard est un des textes marquants d’Emile.

tout ce qu’il y a de hardi dans l’Emile étoit auparavant dans la Julie : dans la Nouvelle Héloïse, dont le titre exact est : Julie ou la nouvelle Héloïse.

C’étoit mon Dictionnaire de musique : à l’origine, les articles commandés à Rousseau pour l’Encyclopédie, articles écrits à la hâte, en trois mois, au commencement de 1749.

Cette femme possedoit au suprème degré l’art de tirer d’un sac dix moutures : on dit d’ordinaire : tirer d’un sac deux moutures, c’est-à-dire prendre double profit d’une même affaire, se faire payer deux fois d’une même chose.

Je ne voyois par tout que les deux charmantes amies, que leur ami, leurs entours : leur entourage, leurs liaisons.

mais qui fait à l’histoire de mon caractére par l’impression qu’elle fit sur moi : dans le sens de contribuer à.

et quand j’appris l’attentat d’un forcené : l’attentat de Damiens sur la personne de Louis XV, le 4 janvier 1757.

mon cœur et mes sens lui payerent bien l’arrérage : ce qui est échu d’une rente, d’une redevance.

je ne crois pas qu’il me soit jamais arrivé de faire ce trajet impunément : c’est-à-dire à ne pas céder à la tentation de la masturbation, difficulté à laquelle Jean-Jacques faisait déjà allusion dans le Livre V.

Madame d’Epinay (…) poussa plusieurs fois l’audace jusqu’à chercher dans sa bavette : un tablier à bavette est un tablier à plastron qui remonte jusqu’au haut de la poitrine. On pouvait donc y cacher une lettre.

Je n’eus pas à soutenir la prise que j’avois redoutée : la querelle. Le terme a veilli, on le retrouve dans l’expression « une prise de bec » : une querelle de paroles.

… au sujet de sa piéce que (…) on l’accusoit d’avoir prise en entier de Goldoni : Accusé d’avoir copié Le Véritable Ami de Goldoni, Diderot s’en est défendu dans son Discours sur la poésie dramatique paru à la suite du Père de famille.

Aussi fat qu’il étoit vain, avec ses gros yeux troubles et sa figure dégingandée : il s’agit ici de son corps, de son aspect extérieur, plus que de son visage.

ma raison fit taire enfin mon ancienne prévention : ici, préjugé favorable.

une lettre très adroite, qu’ils avoient minutée ensemble : dresser le premier écrit de quelque chose qu’on veut ensuite mettre au net.

Ce secret qui n’en étoit un dans toute la maison que pour moi : Attaque de phtisie ou grossesse illégitime, due cette fois aux œuvres de Grimm ? La seconde hypothèse paraît la plus probable, quand on sait qu’un « accident » arriva à Madame d’Epinay sur la route de Genève…

Cette lettre où faute de pouvoir dire nettement mes raisons, je fus forcé de battre souvent la campagne : s’éloigner du sujet par des digressions fréquentes, chercher des faux-fuyants.

Je ne pouvois mieux la disculper du soupçon de conniver avec moi : comploter, agir de connivence.

l’absent infortuné se néglige : l’absent est négligé, on n’a pas pour lui l’attention, la considération qu’il faudrait.

J’ai voulu quitter l’Hermitage, et je le devois. Mais on prétend qu’il faut que j’y reste jusqu’au printems : en l’occurrence, madame d’Houdetot.

Je l’éclairai sur beaucoup de faits qu’on lui avoit tus, déguisés ou supposés : alléguer comme vrai quelque chose de faux.